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 Extrait (03) - Amanda Walker

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Ottar
Kate Watson
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MessageSujet: Extrait (03) - Amanda Walker   Sam 10 Juin - 15:31

Description
Il s’agit ici d’un court extrait mettant en scène le personnage cité ci-dessus.

Si vous le désirez, vous pouvez poster un petit commentaire à la suite de ce fil de discussion.

Bonne lecture ! Wink





Il était bien trop tôt, en fait, pour délier les bateaux.
Si les ingénieurs rompaient les amarres, il ne faisait aucun doute que plus d’une centaine d’hommes et l’empereur Maxence lui-même périraient noyés et, déjà, les navires ballottaient sous le relâchement des cordages, cependant que la fureur grandissait au pied et aux abords du pont Milvius où la rage des partisans du jeune Constantin répondait à la détermination des fidèles de son illustre adversaire. La cavalerie des premiers chargeait alors la piétaille des seconds, laissant de nombreux blessés et cadavres sur leur passage, tandis que l’empereur et sa garde se trouvaient désormais à mi-chemin de l’autre rive, secoués de tous côtés, d’aucuns tombant à l’eau, emportés par le poids de leur armure, le chef de Rome ne parvenant que difficilement à maintenir un semblant d’équilibre. Au bout de quelques secondes, plusieurs prétoriens tombèrent à leur tour et le jeune empereur avec eux.
Refoulant avec les loyalistes, Lisa aperçut alors Freyja.
- Mais qu’est-ce qu’elle attend, enfin ? fit l’Américaine.
Ni la blonde, ni Peter ne comprenait ce qui se passait.
- Je pense qu’elle hésite, en fait ! leur expliqua Michael.
A vrai dire, la sorcière pouvait ne pas intervenir, laissant le général Maxence se noyer et Rome deviendrait un empire dominé par la foi chrétienne, ainsi qu’il était advenu en leur monde, puis, avec lui, l’Europe et une fraction de la planète. Si, tout au contraire, la magicienne empêchait l’empereur Maxence de trouver la mort, Rome demeurerait sans grand doute païenne, tout comme l’ensemble du continent et de nombreux Etats à travers les siècles des siècles. Ainsi, secourir un homme revenait à modifier le cours de l’histoire, irrémédiablement, à changer à jamais le sort de la Terre tout entière. Cet homme qui suffoquait là, se débattant avant de sombrer au fond du Tibre, ni plus bête, ni plus malin qu’un autre, insignifiante création de la nature, ignorait combien, en ce jour et seulement en celui-là, sa survie intéressait celle de millions d’hommes, présents et à naître.
Qui avait décidé de cela ? interrogeait la jeune femme.
Prise de vertige à cette pensée, elle ne savait que faire. Les deux ingénieurs qui avaient rompu les amarres ? Peut-être, en vérité, mais qui pouvait l’affirmer sans crainte d’être démenti ? Ceux, encore, qui leur avaient assigné de remplir cette fonction, méjugeant de leur sang-froid ? Ou encore l’empereur lui-même qui n’avait pas rejoint l’autre rive du Tibre assez vite ? Ce qui était certain, c’est que Maxence manquerait bientôt d’air, alors, païens ou chrétiens, ces Romains ? semblaient enfin questionner la Providence et leur sœur d’armes. Sauver un homme pour les sauver tous, voilà qui ne manquait pas de saveur car si le Christ agonisant sur la croix n’aurait point sauvé l’Empire, au regard de ce qui suivit la christianisation de ce dernier, secourir le jeune empereur asphyxiant, au contraire, assurerait, et la rédemption, et l’avenir des Européens et de leurs frères de par le monde.
Les hardis n’avaient que faire des religions du désert.
- Jette-toi à l’eau, ma grande ! murmura-t-elle soudain.
In extremis, Freyja se décida, s’élançant à corps perdu, au grand soulagement de ses compagnons qui, descendant à toute hâte, cherchaient à se mettre à l’abri des nombreuses troupes de l’empereur félon, cependant que leur guide se frayait un chemin en bousculant chevaux et fantassins, bondissant d’un bateau à l’autre, écartant du bras obstacles humains et matériels, haletant, à la fois excitée et angoissée à l’idée d’avoir trop attendu, puis de plonger dans l’eau glacée du Tibre, perdant à l’occasion une partie de son lourd équipement. Sous la surface du fleuve, des corps flottaient entre deux eaux, tandis que d’aucuns coulaient à pic, lestés par les armures et bleutés par le froid, la magicienne s’efforçant de trouver l’empereur parmi cette foule de soldats promis à la mort ou déjà à Walhalla, évoluant au milieu des guerriers vaincus avant eux. C’est alors qu’elle le reconnut, en son beau costume d’apparat, immobile et grelottant, le visage exprimant la peur et la soumission au destin, semblant attendre patiemment son heure, les yeux grands ouverts. Nageant dans sa direction le plus vite qu’elle put alors, il l’aperçut, hagard, ses cheveux noirs évoluant dans tous les sens, avant d’être saisi par quelque bras puissant, la sorcière le soulevant sans ménagement et l’entraînant vers la surface afin qu’il respire à nouveau.
Des coques des bateaux tombaient d’autres soldats.
Atteignant la grève, Freyja se débarrassa au plus vite du jeune empereur, des prétoriens affluant pour lui porter secours, très inquiète pour ses frères et sœurs d’armes qui avaient pour ainsi dire disparus sous ses yeux, happés par la foule armée des cavaliers et fantassins de Constantin, de l’autre côté du Tibre, alors qu’ils tentaient de leur échapper, ne pouvant pas, hélas, traverser le fleuve à la nage en cette saison et à cause du poids de leur armure. Cette fois-ci, la magicienne n’hésita que peu de temps, repérant ses compagnons grâce à ses sens aiguisés et, recourant au Seior, parvint à les extraire de la nasse mortelle où ils s’étaient laissés prendre, leur faisant traverser le fleuve glacé en une fraction de seconde, apparaissant comme par magie sur ce côté-ci du joli cours d’eau, au nez et à la barbe de leurs adversaires et sous le regard médusé de Maxence et ses fidèles, à la fois émerveillés et terrifiés par ce dont ils venaient, bien malgré eux, d’être témoins. Ce curieux soldat, de surcroît, était une femme, semblaient songer les légionnaires, tandis que le jeune souverain reprenait peu à peu quelque couleur, Michael, son vieil ami, Lisa et la jolie blonde se pressant pour rejoindre la sorcière sous les cris des troupes adverses coincées de l’autre côté du Tibre, désormais infranchissable, le pont étant piégé.
Détail, naturellement, que ces dernières ignoraient.
- Qui est cette femme ? murmura l’Auguste en latin.
Des soldats approchèrent puis se ravisèrent soudain.
- J’ai cru que nous allions y passer ! fit alors Gallia.
Qui étaient donc ces jeunes gens travestis en Romains ?
- Michael m’a mit un coup de poing, lui expliqua Lisa.
Le chef de l’Empire était escorté, titubant, vers l’arrière.
- C’était totalement involontaire ! se défendit le Danois.
Freyja souriait, silencieuse, de les voir si enthousiastes.
- C’est ce qu’il prétend à chaque fois, ajouta encore Peter.
Déjà, les hommes de Maxence savouraient la manœuvre.
- Contente de vous revoir, en tout cas, conclut-elle.
Les cohortes prétoriennes et leur chef, avec la rapidité de l’éclair, prirent position sur les hauteurs du fleuve, faisant face à l’une des extrémités du pont Milvius, tandis que depuis l’arrière, les catapultes balançaient de nouveaux blocs de pierre dans la direction des légions de Constantin, volatilisant beaucoup de ses jeunes soldats, fauchés par les projectiles. Le piège fonctionnait à plein, le général félon s’y laissant prendre comme un sot alors même qu’il avait encore l’avantage, intimant l’ordre à la troupe de franchir le pont qui, au bout d’une minute environ, s’écroula littéralement, coupé en deux, cependant que des détonations se faisaient entendre provenant des fondements de l’ouvrage, ce qui fit sursauter Peter et ses compagnons d’armes, la magicienne se demandant bien si les loyalistes n’avaient pas utilisé là une sorte d’explosif inconnu ou, à tout le moins, dont les historiens et les archéologues du XXIe siècle ne faisaient jamais mention dans leurs études respectives. Plusieurs centaines de malheureux tombèrent ainsi à l’eau, préalablement déchiquetés par les bris de roche, brûlés par la chaleur ou étouffés dans la panique qui suivit la destruction du pont Milvius, l’empereur Constantin lui-même manquant perdre la vie dans la tragédie. En vérité, c’est un boulet lancé par une catapulte qui eut raison de sa carcasse.
Sous leurs yeux, la destinée du monde était bouleversée.

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MessageSujet: Re: Extrait (03) - Amanda Walker   Lun 30 Oct - 10:43

Cette idée de changer le passé - et donc inévitablement de détruire ce qui est notre présent et leur très lointain futur - reste une idée intéressante qui revient périodiquement et dont il est toujours plaisant de lire quelque chose à ce propos. Et on ne comprend que trop bien le dur choix de Freyja. la question maintenant serait : pourquoi a-t-elle pris le risque et passé outre les "règles", se permettant ainsi de venir chambouler tout ce qui fait notre existence à ce jour.

Passage bien écrit et agréable. mais j'avoue qu'il est dur (perturbant ?) de devoir se plonger in medias res en plein milieu d'un événement sans savoir le pourquoi du comment. Je pense que la lecture aurait été d'autant plus agréable si le contexte avait été connu, mais là n'est pas vraiment la question ; c'était juste histoire de dire.
Si l'on a une bonne description de la situation et des faits, on a en revanche peu très peu de détails sur les sentiments ou les pensées des personnages. je pense que c'est cela qui me gêne, parce que ça me coupe de la ... "symbiose" ? qu'un lecteur entretient généralement avec les protagonistes. J'ai une impression de cours d'Histoire romancés.
Donc en somme, j'ai personnellement un problème d'intégration au récit.

Sinon, question à part que je pose maintenant : pourquoi les didascalies sont-elles entre crochets ?
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MessageSujet: Re: Extrait (03) - Amanda Walker   Ven 3 Nov - 7:07

Les didascalies entre crochets ? C'est un choix personnel. Wink
Sinon, le contexte est défini avant ce passage, comme tu imagines, mais, par choix de lisibilité, je n'ai pas voulu mettre un extrait trop long ; tout au contraire, je préfère montrer des passages "coupés" de leur contexte afin tout à la fois de juger de la qualité d'écriture comme de l'originalité de tel ou tel personnage.
Concernant la magicienne (Freyja), c'est un extrait qui prend tout son sens sur la durée de lecture du roman.

Mais je te rassure, le roman n'est pas un condensé de cours d'histoire. Wink

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